Citizen Energy Package : L’Europe fixe le cap de l’énergie citoyenne, la France doit changer d’échelle

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Le 10 mars 2026, la Commission européenne a publié le Paquet Énergie Citoyenne (Citizens Energy Package - CEP). Cette initiative forte place l'énergie renouvelable citoyenne au cœur de la souveraineté et de la sécurité énergétique de l'Union européenne.

Mais alors que Bruxelles fixe des ambitions inédites pour 2030, le fossé se creuse avec la réalité du terrain en France, où les politiques publiques nationales brident encore le potentiel des territoires.

L’analyse de REScoop.eu, la fédération européenne des communautés energétiques

Le 10 mars 2026, la Commission européenne a publié le Paquet Énergie Citoyenne (Citizens Energy Package – CEP), une initiative visant à renforcer le rôle des citoyen·nes dans la transition énergétique. Introduit dans un contexte d’instabilité géopolitique et de volatilité des prix des énergies fossiles, le CEP met en avant l’énergie renouvelable citoyenne (détenue par les communautés d’acteurs locaux et citoyens : collectivités locales, riverain·es, PME, …) comme un outil clé pour améliorer le contrôle local de l’énergie et la souveraineté énergétique.

REScoop.eu salue globalement ce paquet législatif et sa reconnaissance des communautés énergétiques comme des acteurs clés de la transition énergétique. La fédération soutient particulièrement les mesures qui réduisent les factures d’électricité grâce à des réformes des taxes et prélèvements, encourageant des tarifs de réseau qui récompensent la flexibilité et le partage local d’énergie, et développent l’autoconsommation ainsi que le partage d’énergie. Le futur plan d’action pour les communautés énergétiques et l’objectif de multiplier par dix la capacité renouvelable citoyenne d’ici 2030 sont des étapes particulièrement importantes, attendues par l’ensemble des acteurs du secteur.

Malgré cette orientation positive, le Paquet Énergie Citoyenne manque de mécanismes d’application clairs pour garantir que les États membres mettent en œuvre des mesures de soutien favorables aux communautés énergétiques, ce qui pourrait compromettre l’atteinte de l’objectif de 90 GW d’ici 2030.

3 questions à Cécile Gueguen, Responsable Plaidoyer d’Énergie Partagée

Comment expliquer l’écart entre les ambitions affichées par l’Union Européenne et la réalité en France ?

Cécile Gueguen : C’est le paradoxe actuel. D’un côté, la Commission Européenne fixe un objectif historique de 90 GW d’énergies renouvelables aux mains des acteurs locaux d’ici 2030. De l’autre, la France accuse un net retard. La transposition française des directives européennes s’est révélée beaucoup trop restrictive.

Le mouvement de l’énergie citoyenne en France est pourtant aujourd’hui un écosystème mature, notamment grâce à notre label qui qualifie et structure les projets. Mais le cadre actuel ne facilite pas les projets – de petite comme de grande envergure – et cantonne l’énergie citoyenne à une niche. Le récent rapport de la Cour des comptes européenne le dit clairement : le potentiel des communautés énergétiques est aujourd’hui bridé par des politiques publiques nationales qui manquent de clarté et d’ambition. C’est un véritable gâchis pour notre souveraineté énergétique.

En quoi le modèle de l’énergie citoyenne est-il pourtant un levier incontournable pour notre pays ?

Cécile Gueguen : Dans le contexte géopolitique instable que nous connaissons, relocaliser la production est un impératif de résilience et de cohésion territoriale. L’énergie citoyenne en France, c’est déjà une réalité solide : plus de 480 initiatives qui produisent chaque année 1,7 TWh d’électricité et 117 GWh de chaleur renouvelable, soit la consommation (hors chauffage/eau chaude) de plus d’un million de personnes !

Ces projets associent habitant·es, élu·es et acteurs locaux, ce qui renforce l’acceptabilité, contribue à réduire les délais de développement et génère des retombées économiques 2 à 3 fois supérieures aux projets classiques. De plus, ils mobilisent directement l’épargne citoyenne pour financer la transition. Ne pas soutenir ce secteur, c’est prendre le risque de déstructurer un écosystème d’acteurs patiemment bâti depuis 15 ans.

Les négociations budgétaires européennes s’ouvrent pour la période 2028-2034. Quelle est l’opportunité à saisir pour la France ?

Cécile Gueguen : C’est une fenêtre de tir historique. Les discussions s’ouvrent sur le prochain budget pluriannuel de l’UE et ses futurs outils de financement, notamment le “plan de partenariat national et régional”. La France doit impérativement y inscrire les communautés énergétiques pour sécuriser des financements européens.

Pour accompagner ce  mouvement, le gouvernement français doit s’investir sur le sujet : élargir notre définition juridique trop stricte des communautés énergétiques, lever les freins administratifs et financiers, et permettre à nos projets d’entrer en concurrence sur un pied d’égalité avec les autres producteurs, comme le préconise l’Europe. C’est l’occasion de rédiger une feuille de route interministérielle ambitieuse pour que l’énergie citoyenne devienne enfin la norme du développement renouvelable en France.

Nos propositions

Pour aligner la France sur les ambitions européennes, Énergie Partagée porte des propositions claires et macroéconomiques :

Co-construire la stratégie : Associer Énergie Partagée, en tant que représentant français de plusieurs centaines de communautés énergétiques, aux espaces de consultation sur les futurs financements européens.

Fixer un cap national ambitieux : Traduire les promesses politiques en objectifs chiffrés et engageants, en visant 5 TWh en 2030 et 20 TWh en 2035 d’énergies renouvelables à gouvernance locale, comme le propose l’Alliance pour l’énergie locale.

Créer des mécanismes de soutien à toutes les échelles : Garantir des outils de soutien financiers et administratifs pérennes, au niveau national comme local, pour permettre aux projets citoyens de s’impliquer et de développer des projets.

Adapter le cadre réglementaire : Faire évoluer la définition juridique française pour qu’elle ne bride pas les réalités de terrain et financer les réseaux d’accompagnement.

Assurer un suivi rigoureux : Nommer une autorité en charge de l’enregistrement, du suivi et du contrôle des communautés énergétiques pour piloter efficacement les aides dédiées.

Cécile GUEGUEN

Cécile Gueguen

Responsable plaidoyer et représentation

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