Portrait de jeune engagée : Katja Ratte, chargée de projet chez La Fruitière à Énergies
Aujourd'hui, nous partons à la rencontre de Katja Ratte, chargée de projet au sein de La Fruitière à Énergies, une société citoyenne d’énergies renouvelables, basée dans le Doubs.
Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Katja Ratte, chargée de projet au sein de La Fruitière à Énergies, une société citoyenne d’énergies renouvelables, basée dans le Doubs. Lors de cet entretien, nous avons échangé sur son parcours, son quotidien et sa vision de l’engagement dans les énergies renouvelables citoyennes.
Bonjour Katja, peux-tu nous raconter ton parcours académique et ce qui t’a mené vers le secteur des énergies renouvelables ?
Katja : Bonjour ! Mon parcours n’a pas été un fleuve tranquille ! Après avoir tenté deux fois la première année de médecine, je me suis réorientée vers une licence de biologie. J’ai ensuite poursuivi mes études avec le Master QUEST (Qualité des Eaux, des Sols et des Traitements) à Besançon. Cette formation m’a permis de me spécialiser dans l’étude de la faune et de la flore aquatiques ainsi que dans les processus de dépollution.
C’est pendant ma deuxième année de master, durant mon alternance au service environnement de Grand Besançon Métropole, que j’ai découvert le monde des énergies renouvelables. N’ayant pas de sujet défini pour mon mémoire, j’ai eu l’opportunité d’accompagner un Conseiller en énergie partagée lors de réunions publiques et d’accompagnement sur le photovoltaïque. Cette immersion m’a passionnée, et lorsque l’offre d’emploi de La Fruitière à Énergies a été publiée, mes collègues de l’époque me l’ont vivement recommandée. C’est ainsi que j’ai rejoint l’aventure dans les énergies renouvelables citoyennes !
Concrètement, comment s’organisent tes missions au quotidien en tant que chargée de projet ?
Katja : Mon poste s’articule autour de deux grands axes, d’un côté l’accompagnement technique des projets et de l’autre l’animation sur le territoire.
Sur la partie technique et administrative, je rédige les études de faisabilité et j’assure le dimensionnement des installations photovoltaïques en toiture. Je gère également toutes les démarches réglementaires, comme les déclarations d’urbanisme auprès des communes ou le montage des dossiers de raccordement avec Enedis. Comme la réglementation évolue très vite, je consacre aussi une partie de mon temps à la formation continue et au suivi de webinaires pour rester à jour.
Pour le volet animation, j’interviens dans des réunions publiques avec les habitants et les élus. J’interviens aussi auprès des scolaires pour sensibiliser les élèves à la transition énergétique. D’ailleurs, je travaille actuellement à l’obtention d’un agrément scolaire pour pouvoir développer encore plus ces interventions auprès des jeunes.
Qu’est-ce qui fait la spécificité du projet de La Fruitière à Énergies et son apport pour le territoire ?
Katja : La Fruitière à Énergies est une SAS à fonctionnement coopératif, labellisée Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS). Ce choix de modèle et notre ancrage local traduisent des valeurs très fortes qui sont en accord avec les miennes.
Nous avons une règle stricte : ne jamais installer de panneaux sur des terres agricoles ou en forêt. Ces espaces ont des utilités cruciales comme la production alimentaire, la préservation de la biodiversité, la fourniture d’oxygène ou le stockage du carbone. Avoir l’ancrage local le plus importante possible est primordial : c’est vertueux sur le plan humain, mais aussi écologique en limitant le transport de matière et donc les émissions de CO₂.
Peux-tu nous expliquer comment s’articule la relation entre l’équipe salariée et les bénévoles de La Fruitière ?
Katja : La relation humaine est au cœur de mon travail. Le fait d’avoir des bénévoles et associés qui gravitent autour de La Fruitière à Énergies est un vrai appui au quotidien. Leur présence apporte une diversité de compétences très précieuse pour moi, en tant que salariée
Un jour, par exemple, une dame m’a appelée suite à un démarchage frauduleux pour une installation qui n’était pas du tout aux normes. La situation devait remonter au niveau judiciaire et dépassait mes connaissances. J’ai pu contacter un de nos associés, ancien notaire, qui avait les bases juridiques nécessaires. Il m’a dirigée vers les meilleurs conseils à donner à cette dame. C’est un vrai plus, très rassurant pour mener à bien nos projets.
Comment gères-tu la complexité des dossiers et quel est l’apport des réseaux régional et national du Mouvement Energie Partagée ?
Katja : Je ne considère pas mon quotidien comme complexe car nous avons une grande entraide au sein de l’équipe. Nous ne discutons pas chiffre d’affaires au quotidien et abordons les projets sur leurs plus-values globales. En cas de problème, on est bien entourés et conseillés, que ce soit par les collègues salariés ou les bénévoles.
Les réseaux régionaux et nationaux viennent renforcer ce lien humain. Par exemple, lors de la sortie de décrets très impactants pour notre travail, pouvoir en échanger avec d’autres salariés de coopératives confrontés aux mêmes problèmes est un véritable atout et un moyen de garder la motivation. Échanger avec des personnes bienveillantes qui rencontrent les mêmes enjeux permet de ne pas se sentir seule et de ne pas rester les bras ballants face à un problème.
Selon toi, qu’est-ce qui freine l’engagement des jeunes diplômés dans l’énergie citoyenne ?
Katja : Le frein principal vient d’une méconnaissance de la nature même des structures citoyennes et coopératives. On n’en entend pas forcément parler dans la sphère publique ou à l’université, où les cursus classiques orientent très majoritairement vers les grandes entreprises privées.
Il y a aussi une certaine pression sociale qui pousse les jeunes diplômés vers des statuts perçus comme prestigieux ou vers des rémunérations élevées, ce qui amène parfois à sous-évaluer à tort les métiers de l’économie sociale et solidaire. C’est dommage, car en intervenant davantage dans les lycées et les universités, on pourrait montrer aux jeunes qu’il existe d’autres voies professionnelles très concrètes et porteuses de sens.
Quels sont les projets à venir et les perspectives pour La Fruitière à Énergies ?
Katja : Nous sommes dans une période très dynamique ! Nous travaillons actuellement sur la refonte de notre modèle économique et stratégique pour nous adapter aux nouvelles réglementations et aux évolutions du marché photovoltaïque.
Sur le plan concret du développement territorial, nous poursuivons la concrétisation de nouveaux projets photovoltaïques locaux, comme la signature récente du bail pour la toiture de la déchetterie de Râhon. En parallèle, comme je le disais toute à l’heure, je pousse fort pour structurer nos parcours de sensibilisation dans les écoles afin d’ancrer durablement la culture de l’énergie citoyenne chez les plus jeunes sur notre territoire.
