Retour sur les visites italiennes du programme ITACA
Du 26 au 28 janvier 2026, 3 jours de visites, de rencontres et d’échanges étaient organisés dans le cadre du projet européen ITACA (Initiative Transalpine d’Appropriation Citoyenne et d’Aménagement Energétique).
Ce projet cofinancé par l’Union Européenne a pour objectif de renforcer l’acceptation locale des EnR par les populations locales, en favorisant, notamment, les échanges entre acteurs transalpins. Ainsi, ces 3 jours sur le terrain ont permis d’accueillir une dizaine d’ingénieurs italiens, venus de la région turinoise, mais aussi des acteurs locaux des EnR en PACA, afin de mutualiser les expertises et les bonnes pratiques à l’échelle des Alpes françaises, de comprendre le fonctionnement des Communautés d’Energie Renouvelable citoyennes italiennes.
L’écoquartier Envipark à Turin et sa centrale hydroélectrique
Situé à Turin sur une ancienne friche industrielle réhabilitée, Environment Park est un pôle d’excellence européen dédié aux technologies propres (« Clean Tech »). Ce parc scientifique unique se distingue d’abord par son statut d’écoquartier démonstrateur : son architecture bioclimatique audacieuse, intégrant toitures végétalisées, isolation avancée et gestion autonome de l’eau. Il est ainsi l’incarnation même du concept de la construction écologique.
Cœur battant de l’innovation, Envipark a permis la visite de ses laboratoires de pointe (notamment le HySyLab sur le stockage d’hydrogène, et le laboratoire dédié à la recherche sur le plasma) qui favorisent le transfert technologique entre recherche et industrie. Ces infrastructures permettent le développement et le test de solutions concrètes dans les secteurs clés des énergies durables, tels que l’hydrogène vert, le stockage d’énergie avancé et la chimie verte.
La visite d’Envipark s’est conclue par la découverte de sa turbine hydroélectrique, installée sur un ancien canal d’usage industriel de la Dora (affluent du Po). Cette installation produit 4000 MWh/an d’électricité renouvelable fournissant l’écoquartier près de la moitié de ses besoins d’électricité. Une production locale et vertueuse à l’image de la réhabilitation de l’ensemble du quartier, d’un usage industriel à un autre. La turbine produit 250 KWh en continue. Avant, la totalité de l’électricité produite était injectée sur le réseau à un tarif de rachat garanti, semblable à celui de l’Obligation d’Achat en France. Mais au bout de 15 ans, en Italie, les tarifs de rachat ne sont plus garantis. C’est pourquoi, dans ce contexte, l’écoquartier a donc décidé de passer à l’auconsommation en priorité de l’énergie produite par la centrale, les tarifs de vente sur le marché, n’étant pas intéressants. Le surplus produit continue, néanmoins, d’être injecté sur le réseau.
La turbine hydraulique de l’aqueduc des Langhe et des Alpes cunese (Murazzano)
L’Aqueduc des Langhe et des Alpes cunéennes (ACDA) ne se contente pas de distribuer l’eau potable ; il agit comme une centrale hydroélectrique diffuse grâce à l’intégration de turbines hydrauliques de récupération d’énergie. Profitant du dénivelé naturel important entre les sources alpines et les collines des Langhe, ces turbines (souvent de type Pelton ou Francis) sont installées aux points de rupture de charge du réseau. Au lieu de dissiper l’excès de pression via des vannes réductrices classiques, la turbine transforme cette force hydraulique en électricité verte.
Ce dispositif ingénieux permet de produire une énergie renouvelable en continu, directement injectée dans le réseau ou utilisée pour l’autoconsommation des stations de pompage, sans altérer la qualité de l’eau ni l’écosystème environnant. Depuis 2024, la production d’énergie a atteint les 818 017KWh, desquels 201 327KWh sont autoconsommés, le reste, les 616 690KWh sont quant à eux réinjectés sur le réseau national.
Le Plan d’action pour l’énergie durable et le climat (PAESC) de Mondovì et de la Communauté d’énergie renouvelable locale (CER)
Le PAESC (Plan d’action pour l’énergie durable et le climat) de Mondovì matérialise l’engagement de la ville à réduire ses émissions de CO2 d’ici 2030 (dans le cadre d’une signature de la Convention européenne des maires), en ciblant principalement l’efficacité énergétique du bâti public et l’éclairage urbain.
La pierre angulaire de cette stratégie est la création de la Communauté d’Energie Renouvelable (CER) locale, un modèle pionnier dans le Piémont. Cette structure juridique innovante permet de partager l’électricité verte produite par des panneaux photovoltaïques installés sur les toits municipaux (écoles, bâtiments administratifs) avec des citoyens et PME adhérents. En favorisant l’autoconsommation collective, Mondovì transforme ses infrastructures passives en actifs énergétiques, réduisant ainsi la facture des membres tout en luttant contre la précarité énergétique via une production locale et décentralisée.
Les CER en Italie, ne vendent pas d’énergie, contrairement à la France. La CER perçoit la vente de l’énergie produite par les fournisseurs pour l’autoconsommation des consommateurs d’une CER. Elle rétribue ensuite cet argent aux auto consommateurs, ce qui leur permet de réduire leur facture énergétique (sans nécessaire changement de fournisseur classique du consommateur).
La CER c’est la rencontre entre l’offre et la demande, entre la production d’énergie et la consommation. Le prix de vente garanti d’une opération d’ACC sur le réseau italien à GSC (le gestionnaire de réseau italien) est de 14 centimes du KWh. Ce prix de vente garanti par l’Etat, acheté par le gestionnaire à la CER est ensuite rétribué aux consommateurs, ce qui lui permet de baisser sa facture d’électricité, sans changer de fournisseur d’énergie. Il n’y a pas non plus de responsable d’équilibre. La CER, n’est pas comme une opération d’ACC en France, dans laquelle on pourrait trouver à la fois un ou des producteurs d’énergie et des consommateurs pour autoconsommer l’énergie produite. La CER est simplement une structure qui perçoit la vente d’énergie et la rétribue ensuite aux consommateurs.
L’objectif de ce rachat garanti par l’Etat est d’augmenter la production d’ENR, produit à partir d’énergie renouvelable, en l’occurrence ici photovoltaïque. Car le pays ne dispose pas de centrales nucléaires, l’ensemble de l’énergie électrique est produit majoritairement par des centrales au pétrole. Le cout de l’électricité est donc très élevé.
Le périmètre des CER dépend de leur éloignement géographique au poste de transformation le plus proche en basse tension et en haute tension. Ainsi, deux emplacements basse tension peuvent être distants de 100 km en Italie. Un seul point basse tension peut, quant à lui, rassembler jusqu’à une vingtaine de communes. L’opération d’ACC en Italie n’est donc pas soumise à une restriction de périmètre de 20km, comme c’est le cas actuellement en France. En Italie, tous le monde peut produire de l’électricité en ACC en dessous de 1MW (en France ce seuil a été relevé à 5MW, contre 3 auparavant, et même jusqu’à 10MW pour les opérations d’ACC patrimoniale en 2024). À noter que plusieurs CER peuvent être sur le même périmètre en Italie.
En Italie, les fournisseurs d’énergie photovoltaïques pour l’ACC des CER sont des particuliers ou des organismes privés, qui produisent de l’énergie et la vendent à un prix garanti par l’Etat, Le prix de vente garanti est cumulable avec le tarif de rachat garanti par l’ACC. Les opérateurs sont donc doublement incités, à la fois à produire de l’électricité renouvelable, mais aussi l’autoconsommer au sein d’une CER.
MondoCER a ainsi produit 6MWh en 2026. La communauté recherche aujourd’hui activement des consommateurs.
La CER prélève 10% des 14 cts du KWh pour le financement de son fonctionnement.
Pour les producteurs d’ENR : le surplus réinjecté sur le réseau et non autoconsommé est actuellement revendu 11cts du KWh.
En moyenne, dans ce contexte, le temps de retour sur investissement d’une opération d’ACC pour un producteur est donc de 3 ans (1000€ /KW produit, cout moyen des installations en Italie). En France, les TRI sont plus élevés car le producteur paie aussi le cout d’utilisation du réseau (TURPE) et les taxes (ACCICE).
Aujourd’hui, en Italie, les CER produisent 24% de la production photovoltaïque nationale.
Présentation détaillée de MondoCER
Ateliers de capitalisation après les deux séminaires de visite en France et en Italie
Organisés en fin de journée du mardi 27 janvier au CFP Cemon, ces ateliers de capitalisation ont été l’occasion de revenir sur les leçons retenues des différents projets présentés lors des deux voyages d’étude.
Les participant·es ont rejoint 4 groupes, sur les thématiques transversales suivantes, permettant d’étudier un projet en France et un projet en Italie respectivement :
- Planification énergétique
Partage de l’énergie
Précarité énergétique et sobriété
Turbinage d’eau potable
Le résultat de ces ateliers fait l’objet d’un livrable de capitalisation dédié.
La centrale hydroélectrique Luigi Einaudi (annulée pour cause d’intempéries)
En savoir plus sur la centrale
