Accueil Énergie Partagée & l’énergie citoyenneActualitésDu biométhane au CO₂ biogénique : comment ...

Du biométhane au CO₂ biogénique : comment Méthamoly valorise désormais tous ses co-produits 

À l’origine, l’unité de méthanisation Méthamoly produisait du biométhane destiné au chauffage et de l’engrais organique pour l’agriculture. Au fil du temps, elle a su faire évoluer son modèle économique. Dernière brique en date : le site intègre depuis 2025 une unité de liquéfaction de bioCO₂.

À Saint-Denis-sur-Coise, au cœur des Monts du Lyonnais, Méthamoly est en service depuis 2019. Lancée à l’initiative de douze agriculteurs réunis au sein de la SAS Agri EnR, l’unité de méthanisation est détenue à hauteur de 60 % par Agri EnR, tandis qu’Énergie Partagée Investissement, la SEM Soleil ainsi que ENGIE-SUEZ Métha Biodéveloppement se partagent le capital restant à parts égales. Tous sont rassemblés au sein de la SAS Méthamoly. Ce partenariat aux compétences complémentaires a signé le succès du projet et fortement rassuré les banques à l’heure de trouver des partenaires financiers.

La matière traitée atteint désormais 22 000 tonnes

L’unité de méthanisation traite aujourd’hui 22 000 tonnes de matière organique (12 000 tonnes d’effluents d’élevages et 10 000 tonnes de biodéchets), contre 16 000 tonnes au démarrage. L’approvisionnement est local « et même ultra local », se félicite Aloïs Klein, Président d’Agri EnR. « Les 6 fermes des agriculteurs sociétaires, toutes situées dans un rayon de 10 km, alimentent l’unité ». Pour compléter ce gisement agricole, le site traite des biodéchets issus de l’industrie agroalimentaire ou de la restauration scolaire locale. Le digestat est utilisé comme engrais naturel pour fertiliser les parcelles agricoles des agriculteurs sociétaires tandis que la production de biométhane, équivalente à la consommation de 1 700 foyers, est injectée en totalité dans le réseau GRDF (jusqu’à 150 Nm3/h).

Une station pour la mobilité décarbonée

Afin de sécuriser la pérennité économique du site sur le long terme, une station-service bioGNV (Gaz Naturel Véhicule) a été créée dès 2020. Aujourd’hui, la station absorbe à elle-seule 65 % de la production de biométhane. Ouverte aux particuliers comme aux professionnels, elle approvisionne une trentaine de lignes de car, des camions et des voitures. La vente de biocarburant garantit un débouché constant toute l’année, face à une demande de gaz saisonnière, qui s’est aussi érodée au fil du temps sur le territoire, en raison de la hausse des températures hivernales, de l’abandon des chaudières à gaz ou encore de la concurrence d’une chaufferie bois-énergie locale.

Le bioCO₂, une valorisation de toutes les molécules de Méthamoly

La réflexion ne s’est pas arrêtée au biocarburant. La production de biométhane génère en effet un co-produit précieux : le bioCO2 (ou CO2 biogénique), une alternative au CO2 fossile utilisé par certaines activités industrielles et agricoles.

En 2025, Méthamoly s’est doté d’une unité de liquéfaction. Cette dernière brique permet de valoriser la totalité des co-produits issus de la méthanisation, faisant du site un pionnier. Il s’agit en effet de la toute première colonne de liquéfaction de CO2 biogénique installée sur un site de méthanisation citoyen – même si, par ailleurs, la filière commence à s’industrialiser en France, avec une vingtaine d’unités opérationnelles appartenant pour la plupart à des SAS agricoles (par exemple, MéthaTreil en Loire-Atlantique, AgriBioMéthane en Vendée ou encore Augicourt BioCO2 en Haute-Saône).

Comprendre le bioCO₂

Concrètement, le biogaz produit dans un digesteur doit subir une épuration avant d’être injecté sur le réseau. Lors de cette étape, le CH4 (méthane) est séparé du CO2. On obtient alors d’un côté du biométhane pur prêt à être envoyé vers le réseau, de l’autre du bioCO2 concentré. Au lieu d’être rejeté à l’air libre, ce dernier est récupéré après avoir été purifié (une étape indispensable pour un usage alimentaire). Puis, il est liquéfié afin d’être stocké et transporté.

Faire émerger une filière régionale

L’investissement de 1,44 million d’euros, soutenu à hauteur de 828 000 € par la Région et l’Union Européenne, a pour objectif l’émergence d’une filière régionale de valorisation de bioCO2. Il sera ainsi revendu à partir du second trimestre 2026 à différents acteurs locaux, pour des usages divers. Parmi les futurs clients, l’industrie agroalimentaire, qui l’utilisera pour la gazéification des boissons, la mise sous vide des aliments ou encore la création de neige carbonique aux propriétés cryogéniques. Également, des maraîchers, dont les serres de production nécessitent un niveau de CO2 constant pour une croissance optimale des légumes. La société Prodeval a assuré la mise en œuvre de l’unité, tandis que CAPCOO, un collectif d’agriculteurs méthaniseurs, assurera l’analyse, le transport et la mise en marché du bioCO2.

 

L’ajout de l’unité de bioCO2 permet à Méthamoly de « boucler la boucle » d’un circuit court vertueux. Engrais naturels, biogaz, biocarburant et bioCO2 utiles aux habitants et entreprises des environs sont produits à partir d’une unique ressource locale : des déchets organiques.​ Le site, devenu selon Aloïs Klein un « véritable fournisseur d’externalités positives pour le territoire », fonctionne désormais comme un centre de redistribution directe où plus rien ne se perd.

Plus d'actualités

Suivez-nous sur