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Les coulisses de la rénovation de la centrale citoyenne HydroÉpinal

Quels travaux ont été menés ces derniers mois pour achever la rénovation de la centrale hydroélectrique HydroÉpinal, rachetée et remise en service par Ercisol et Énergie Partagée ? Nous avons interrogé Bernard Lachambre, gérant d'HydroÉpinal, pour en savoir plus.

Mi-novembre dernier, vous avez changé et automatisé d’anciennes vannes. Quel est l’intérêt de ce remplacement ?

Mi-novembre, nous avons changés les vannes qui se situent au droit du barrage, au début du canal qui conduit à la centrale située 400 m en aval. Ces vannes permettent d’isoler le canal de la Moselle. Elles ont deux rôles principaux : permettre de vidanger le canal pour des travaux, et réduire le niveau de l’eau dans le canal pour éviter ou au moins limiter les inondations.

Ces vannes étaient en assez mauvais état, avec des fuites. Elles ne permettaient pas une vraie mise à sec du canal. Et puis leur manipulation était pénible et longue pour notre gardien. Leur automatisation permet la fermeture rapide et à toute heure du jour et de la nuit. Rappelons que dans la nuit du 5 au 6 janvier 2018, le débit de la Moselle est passé de 200 m3/s à plus de 600 m3/s en quelques heures (son débit moyen annuel est de 40 m3/s), son niveau montait à une vitesse de plus de 10 cm par heure.

Et après avoir remplacé les vannes, vous avez vidangé le canal…

Oui, après le remplacement des vannes, nous avons pu vidanger le canal et remplacer les dégrilleurs et une partie des grilles situés à l’entrée de la centrale. Ces équipements arrêtent tout ce qui flotte sur le canal, des feuilles aux troncs d’arbres en passant par les détritus divers en plastique. Tous ces éléments nuisent au bon fonctionnement de la centrale et pourraient provoquer de la casse sur les turbines.

 

Cette vidange a donné l’occasion d’une inspection minutieuse du canal. Nous y avons découvert, outre quelques caddies de supermarché qui ont fini chez le ferrailleur, que cet ouvrage d’art qui a près de 150 ans avait besoin de consolidation à son entrée, un trou au pied des vannes laissait passer l’eau directement depuis la Moselle. Heureusement, nous avons trouvé un artisan très réactif et capable de faire les travaux de renforcement. Ces travaux, non prévus, ont occasionné un retard de presque un mois pour la remise en eau, mais ils ont évité des dégâts probables d’une toute autre ampleur.

Une petite anecdote : dans le cadre de ces travaux, nous avons réalisé, avec l’association de pêcheurs, deux pêches électriques de sauvegarde pour remettre dans la Moselle les poissons pris au piège dans des trous d’eau (ces pêches-là n’ont bien sûr rien à voir avec la pêche électrique au chalut en haute mer, une pratique dénoncée à juste titre). L’une d’elle a permis de sauver plus de 200 kg de poissons, dont de grosses truites et un brochet de plus de 60 cm, bloqués dans un espace de quelques dizaines de mètres cube. Pour les pêcheurs, c’était une vraie pêche miraculeuse !

L'association locale de pêcheurs a procédé à des pêches de sauvegarde pour remettre dans la Moselle des poissons piégés au fond du canal lors de sa vidange.
L’association locale de pêcheurs a procédé à des pêches de sauvegarde pour remettre dans la Moselle des poissons piégés au fond du canal lors de sa vidange.

Pour ces travaux comme pour le reste des opérations de rénovation, HydroÉpinal fait au maximum appel à des entreprises locales. Pourquoi cette démarche, et quelles en sont les spécificités ?

Tout d’abord, HydroÉpinal et ses deux actionnaires, ERCISOL et Énergie Partagée, souhaitent que l’exploitation des ressources énergétiques renouvelables d’un territoire ait un maximum de retombées économiques locales. Nous privilégions les entreprises locales pour les gros travaux comme pour le petit entretien. Les coûts sont souvent moindres parce qu’il y a économie sur les frais d’installation de chantier, les trajets, l’hébergement du personnel.

Bien sûr, les réponses à nos demandes des entreprises locales ne sont pas toujours immédiates, elles peuvent avoir un planning chargé. Mais la discussion directe avec l’artisan ou le dirigeant de la PME est plus facile qu’avec le commercial d’un grand groupe.

Nous constatons que les entreprises locales se connaissent bien et n’hésitent pas à se rendre ou à nous rendre des petits services : par exemple, c’est l’entreprise de génie civil qui nous prête un système de chauffage à air chaud pour assécher les alternateurs après un arrêt prolongé dans une ambiance froide et humide, une autre nous conseille une entreprise d’élagage pour couper quelques arbres gênants pour la manutention des arbres.

Nous devons aussi nous adapter aux compétences de ces entreprises locales qui ne peuvent pas prendre en charge tous les types de travaux. Mais leur connaissance du tissu économique leur permet de trouver très rapidement un sous-traitant, un matériel à louer, un fournisseur de matériaux …

Sur le long terme aussi, notre expérience nous montre que ces entreprises sont fiables pour répondre à nos demandes ponctuelles de maintenance. Et ce choix d’entreprises locales est très positif dans nos relations avec les collectivités locales.

Une anecdote : un camion grue pesant 45 tonnes devait franchir un pont métallique qui paraissait bien rouillé aussi bien au conducteur de la grue qu’à nous. En 3 ou 4 coups de téléphone et en moins de 20 minutes, le conducteur de la grue a contacté un de ses collègues qui lui a dit : « Ah oui, je connais ce type de ponts, ils ont été récupérés ici ou là après la guerre de 39-45. Ils avaient servi aux Américains pour y faire passer des chars de 60 tonnes. Vas-y sans problème. » … Et le pont à tenu.

Un camion grue de 45 tonnes passe sans encombre sur le pont qui enjambe le canal en aval de la centrale HydroÉpinal.
Un camion grue de 45 tonnes passe sans encombre sur le pont qui enjambe le canal en aval de la centrale HydroÉpinal.

Quels travaux restent à réaliser  pour achever la rénovation de la centrale, et quand va-t-elle produire à sa pleine puissance ?

Tous les travaux de mécanique sur les turbines et d’automatisation sont terminés. Les travaux dans le canal initialement prévus l’été dernier ont été retardés par l’épisode de sécheresse (interdiction de vidanger le canal pour protéger la biodiversité) et sont terminés fin janvier 2019. La centrale va donc tourner à pleine puissance dès le début de février.

Il nous restera à changer l’alternateur, un peu fatigué mais en un peu meilleur état que prévu. Cela nous permettra aussi un gain de quelques pour cent sur la production et limitera le bruit dans le voisinage. Il sera changé quand le débit de la Moselle diminuera en mai, juin ou juillet, en attendant, nous allons profiter du tarif d’achat hivernal favorable pour produire.

La centrale sera alors entièrement rénovée et n’aura plus besoin de travaux importants pour les 20, 30 ou plus prochaines années !