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[Interview] Isabelle Gardères, cofondatrice de la coopérative Combrailles Durables

À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars), Énergie Partagée interroge 5 femmes impliquées dans des projets citoyens de production d'énergie renouvelable. Aujourd'hui, Isabelle Gardères, cofondatrice et animatrice salariée de Combrailles Durables, nous répond.

Isabelle Gardères, cofondatrice de la SCIC Combrailles Durables

Isabelle Gardères est co-fondatrice et actuelle animatrice salariée de Combrailles Durables, une SCIC qui gère dans le Puy-de-Dôme 23 installations photovoltaïques en toiture, financées par 340 citoyen·ne·s.

 

Isabelle, peux-tu nous décrire votre projet ?

Combrailles Durables a démarré il y a dix ans pour décliner concrètement les énergies renouvelables citoyennes à l’échelle de nos villages de mille habitants dans la chaîne des volcans d’Auvergne. Nos collectivités territoriales sont trop petites et ont trop peu de moyens, alors nous avons pris le relais.

Depuis, nous avons essaimé ou conseillé des groupes comme le nôtre dans toute la France. Nous accompagnons aussi un projet éolien citoyen dans les Combrailles, Montcel Durable. Je suis salariée à temps partiel (quinze heures par semaine) et le reste du temps bénévole.

 

Quelle est la place des femmes dans Combrailles Durables ?

Sur une douzaine de bénévoles actifs, on a beaucoup de femmes. C’est en partie parce que, sans que ce soit une volonté, on n’a attiré que des personnes très diplômées. Les filles à bac +5 qui sont profs, cadres ou cheffes d’entreprise ont zéro complexe, notre engagement est une continuité de notre vie professionnelle.

Nous sommes donc très présentes : trois femmes et deux hommes dans le CA, que des filles dans le comité juridique. Les femmes sont malgré tout moins engagées dans l’aspect technique. Il y a eu jusqu’à présent moins de femmes formées sur des métiers techniques, a fortiori des femmes de 50 ans comme moi.

Pourtant, certains hommes sont de gros nuls en technique ! Mais nous avons les moyens de les faire monter en compétences. Ceux qui arrivent ont peu de complexes et nos experts techniques sont très humbles, nous arrivons à intégrer de nouvelles forces vives.

« Sur une douzaines de bénévoles actifs, on a beaucoup de femmes. »

 

As-tu rencontré des difficultés en étant une femme dans un projet d’EnR citoyenne ?

À la technique, quand on est une femme, on est presque toujours la seule femme, voire la plus jeune, parce que les élus et responsables sont souvent des hommes âgés. Il faut prouver sa valeur en faisant mieux que les hommes. Il arrive que des techniciens d’Enedis essaient de me mener en bateau et parfois des artisans me demandent presque où est mon mari pour voir avec lui. Mais c’est moi leur interlocutrice ! Et avec des parcs solaires comme ceux que nous mettons en place désormais, de 250 kWc sur un demi-hectare, on est plus exigent·es avec eux que quand ils travaillent avec des particuliers.

« Il arrive que des techniciens d’Enedis essaient de me mener en bateau et parfois des artisans me demandent presque où est mon mari pour voir avec lui. »

 

Comment le groupe essaie-t-il de favoriser l’implication des femmes ?

Ce n’est jamais les femmes qui font la vaisselle à nos apéros, les hommes sont plutôt cool et à Montcel Durable, le président est loin d’être un patriarche. Mais en production pure d’électricité, la technicité éloigne les femmes.

Les territoires en transition qui s’occupent de questions sociétales, comme l’alimentation, les attirent plus que nous. Un projet d’épicerie participative dont on est proche réunit beaucoup de femmes. Il y a des synergies intéressantes à faire entre les deux pour élargir encore le cercle de la transition écologique.

« Les territoires en transition qui s’occupent de questions sociétales, comme l’alimentation, attirent plus les femmes que nous. »

Isabelle Gardères et Valérie Sol de Combrailles Durables en parlent en vidéo…

… et Isabelle enfonce le clou sur la prédominance des hommes encore forte dans les sujets et situations techniques.