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[Interview] Fabienne Mahrez, vice-présidente d’Energ’Y Citoyennes à Grenoble

À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars), Énergie Partagée interroge 5 femmes impliquées dans des projets citoyens de production d'énergie renouvelable. Aujourd'hui, Fabienne Mahrez, vice-présidente d'Energ'Y Citoyennes en métropole grenobloise, nous répond.

Fabienne Mahrez, vice-présidente de la société coopérative Energ'Y Citoyennes en métropole grenobloise

Fabienne Mahrez est vice-présidente d’Energ’Y Citoyennes, une société animée par des bénévoles, qui impulse et gère des projets de solaire photovoltaïque et bois-énergie sur toute l’agglomération grenobloise. Une quinzaine d’installations solaires en toiture sont déjà en service, dont celle de la salle de spectacles La Belle Électrique à Grenoble, ainsi que trois réseaux de chaleur citoyens mis en place avec ForestEner et cofinancés par Énergie Partagée, à Sassenage et à Quaix-en-Chartreuse.

 

Fabienne, peux-tu nous présenter Energ’Y Citoyennes en quelques mots ?

Nous menons un projet de développement des énergies citoyennes à l’échelle d’une métropole de 48 communes. Après nos premiers projets dans le photovoltaïque en 2017, nous nous sommes lancé·e·s dans des réseaux citoyens de chaleur bois. Nous souhaitons aussi participer aux actions de maîtrise de l’énergie sur le territoire, avec les institutions locales.

 

Quelle est la place des femmes à Energ’Y Citoyennes ?

Depuis la création du groupe en 2015, on est entre 20-25 bénévoles dont au mieux cinq sont des femmes. Elles ont toutes des compétences techniques dans le domaine de l’énergie, sauf moi. Je suis la seule personne qui a des compétences dans d’autres domaines que la technique ou la gestion d’entreprise, et en plus je suis une femme.

« J’en ai marre de voir des photos d’inaugurations avec seulement des hommes, tous habillés en gris, sans mixité. »

J’ai une cinquantaine d’années, je vis seule avec trois enfants ados et je travaille, mais j’ai baissé mon temps de travail à 80 %, comme quand mes enfants étaient petits, pour pouvoir m’engager mieux à Energ’Y Citoyennes. Je ne sais pas si un homme ferait ça pour du bénévolat ! De fait, on n’a pas de femmes avec de jeunes enfants parmi les bénévoles. Il y a plus de variété de profil chez les hommes que chez les femmes.

J’étais la seule femme parmi les fondateurs citoyens. Si je n’avais pas candidaté au poste de vice-présidente, il n’y aurait eu aucune femme dans la direction, c’est ce qui m’a décidée. J’en ai marre de voir des photos d’inaugurations avec seulement des hommes, élus et porteurs de projets, tous habillés en gris, sans mixité.

Julien Robillard et Fabienne Mahrez, président et vice-présidente de la coopérative Energ'Y Citoyennes, expliquent le financement citoyen du projet.
Julien Robillard et Fabienne Mahrez, président et vice-présidente de la coopérative Energ’Y Citoyennes, expliquent le financement citoyen du projet.

 

À quoi est liée cette absence des femmes ?

Les femmes sont souvent freinées par la nécessité de se sentir compétentes. Mais pour moi les sujets de société comme l’énergie sont des questions citoyennes dont chacun·e devrait s’emparer, quelles que soient ses connaissances. Il y a eu un hold-up en France sur l’énergie, il n’y a jamais eu de décision démocratique sur le nucléaire.

Comment faire pour sortir du discours d’expert ? Je ramène à des sujets qui touchent les gens, même s’ils ne connaissent rien au domaine de l’énergie : je parle de ce que notre épargne peut faire pour le territoire. Je porte un discours différent, moins technique.

« On pourrait créer un groupe de femmes d’Énergie Partagée qui ont envie de créer de l’ “empowerment” féminin. »

 

Qu’est-ce qui pourrait être modifié dans le fonctionnement des projets citoyens pour favoriser l’engagement et l’inclusion des femmes ?

On a 43 % de femmes parmi les associé·e·s, dans toutes les tranches d’âge, mais c’est en baisse et ça ne se traduit pas dans l’équipe qui anime la société. C’est un sujet qui nous préoccupe, femmes et hommes, sans qu’on sache quoi faire pour que ça change.

On organise régulièrement des apéros pour faire connaître notre projet. Il n’y a quasiment que des hommes, peut-être à cause du sujet technique et pas « sexy ». J’imagine qu’on pourrait mettre en avant le fait que ce sont des femmes qui animent ces rencontres ou faire un apéro spécial femmes, mais en le présentant comme une porte d’entrée vers un groupe mixte, parce qu’il faut qu’on y arrive ensemble.

On pourrait aussi créer un groupe de femmes d’Énergie Partagée qui ont envie de créer de l’ “empowerment” féminin. En associant les hommes que ça intéresse.

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