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Les projets citoyens d’énergie renouvelable agissent pour réduire les consommations d’énergie

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Si les initiatives du mouvement de l’énergie citoyenne visent d’abord à produire de l’énergie renouvelable et locale, elles cherchent également à oeuvrer pour réduire les consommations d’énergie. Voici un florilège non exhaustif d’actions menées ou à l’étude dans cette optique.

Le mouvement de l’énergie citoyenne s’inscrit dans le paradigme du triptyque négaWatt : sobriété énergétique, efficacité énergétique et énergies renouvelables doivent être mises en oeuvre conjointement pour réaliser la transition énergétique. Ainsi, la Charte Énergie Partagée prévoit que les sociétés de projet s’engagent « dans une démarche de réduction des consommations énergétiques ».

Le triptyque négawatt : sobriété, efficacité, renouvelables

Comment les initiatives citoyennes financent des actions d’économie d’énergie

En dehors de tout dispositif de soutien particulier, les sociétaires / actionnaires peuvent tout simplement décider de dédier une partie des recettes générées par la vente de l’électricité au financement d’actions pour la réduction des consommations d’énergie et la sensibilisation aux énergies renouvelables.

C’est le cas, par exemple, de la coopérative Le Watt Citoyen, qui gère le parc photovoltaïque d’Aubais dans le Gard, et qui verse à son association soeur, Les Survoltés d’Aubais, un dixième des bénéfices réalisés en vendant l’électricité à Enercoop – précisément pour mener ce type d’actions.

En Bretagne, les trois parcs éoliens citoyens Bégawatts, Isac-Watts et La Ferme éolienne d’Avessac, issus de l’action des pionniers de l’association EPV (Énergie citoyenne en Pays de Vilaine), versent quelque 80 000 € par an à l’association pour financer des postes d’animateur et des actions de MDE (maîtrise de la demande en énergie).

Voir l’interview en vidéo de Nicolas Massé, animateur MDE au sein de l’association EPV

Par ailleurs, depuis 2020, la coopérative d’électricité renouvelables Enercoop propose à certains projets citoyens un dispositif de soutien à la mise en oeuvre d’actions environnementales, qui se traduit par une prime de 1 € supplémentaire par MWh acheté, à la condition qu’au moins 50 % du montant ainsi payé soit dédié à de telles actions. En Maine-et-Loire, le parc éolien de l’Hyrôme, co-financé par plus de 370 citoyen·ne·s du territoire, est le premier projet a avoir bénéficié de ce dispositif.

Parc éolien de l’Hyrôme : une prime Enercoop pour des actions de transition énergétique citoyenne

Une grande variété d’actions de sensibilisation

Visuel du Defi Familles à energie positive

Différentes formes de sensibilisation sont mises en œuvre par les porteurs de projets citoyens. De nombreux projets relaient, accompagnent voire organisent des défis d’économie d’énergie, généralement en s’inscrivant dans le cadre d’opérations plus larges, à l’instar des défis DÉCLICS (les DÉfis Citoyens Locaux d’Implication pour le Climat et la Sobriété, anciennement Défis Familles à énergie positive).

D’autres défis similaires ont été lancés,  comme le Challenge MétroEnergies de la Métropole de Grenoble soutenus par Energ’Y Citoyennes, ou Track O’Watts en Bretagne avec l’association Énergie des Fées qui porte le projet éolien citoyen Féeole

À chaque édition de ce genre de défi, quelques dizaines de familles se mobilisent localement et finissent par stabiliser des réductions de leur consommation d’énergie, via des changements d’habitudes et d’équipements. En Loire-Atlantique, l’association EOLA, à l’origine du projet éolien citoyen Éolandes Teillé, a fourni un bel exemple d’une démarche systématique : elle a d’abord réalisé une enquête par questionnaire auprès de 68 familles pour faire un état des lieux des consommations énergétiques, puis a animé un défi Familles à énergie positive deux années consécutives, mobilisant 63 familles qui ont réalisé 8 à 9 % d’économies d’énergie en moyenne.

Certains créent leur propre initiative récurrente. Ainsi, les Centrales Villageoises du Pays Mornantais, en région lyonnaise, ont lancé une série d’ateliers gratuits en ligne pour calculer son empreinte carbone et identifier des actions pour la réduire.

Ces ateliers « MyCO2 » dynamisent cette démarche, a priori quelque peu rébarbative et longue, en la transformant en moment collectif et ludique, lors duquel les participan·tes examinent simultanément leur empreinte carbone, avec l’aide d’un animateur.

Un certain nombre de collectifs organisent également des Fresques du Climat. En une petite demi-journée, cet atelier collaboratif (qui existe en versions 9-14 ans, 14-18 ans et adultes) permet aux participant·es de bien comprendre les enjeux et les mécanismes du changement climatique, et de repartir motivés et outillés pour avoir de l’impact à leur niveau.

Bientôt, ils vont également pouvoir s’appuyer sur le nouveau jeu sérieux Sobriété partagée, conçu par Virage Énergie et Énergie Partagée.

Les ballades thermiques sont une façon très visuelle et impactante de faire prendre conscience concrètement de l’énorme enjeu de la rénovation thermique du bâti.

Balade thermique

Une autre forme d’action de plus en plus utilisée est la « balade thermique ». Le concept : muni d’une ou plusieurs caméras thermiques à infrarouge, un groupe analyse, à l’échelle de quelques bâtiments ou au gré d’une balade de quartier, les différences de performance en matière d’isolation, identifie les ponts thermiques, ces points de déperdition d’énergie vers l’extérieur.

C’est une façon très visuelle et impactante de faire prendre conscience concrètement de l’énorme enjeu de la rénovation thermique du bâti. Les participant·es sont aussi informé·es des changements qu’ils peuvent faire de façon autonome dans leur habitat, et des dispositifs d’aide pour financer des travaux de rénovation.

Relocaliser, valoriser, mutualiser : différentes façons de consommer moins d’énergie

Les initiatives citoyennes s’efforcent aussi d’intégrer la logique de réduction de la consommation d’énergie dans le cadre même de leurs opérations de production d’énergie.

En premier lieu, les porteurs de projets veillent à identifier des prestataires locaux ou français lorsque cela est possible. Cette logique est certes fortement contrainte par la localisation internationale des usines de fabrication des cellules photovoltaïques et des éoliennes. Mais il est déjà possible d’acheter des panneaux solaires assemblés en France à partir de cellules photovoltaïques importées, et on peut espérer que les projets de créer en France ou du moins en Europe des usines de fabrication de ces cellules vont se concrétiser, favorisés et accélérés par l’enjeu d’indépendance énergétique à l’égard de la Russie.

On peut présumer également que la hausse des prix des matières premières va encourager le recours plus fréquent au bois comme matériau de substitution à l’acier pour les structures de parcs et d’ombrières photovoltaïques.

Ce qui permettrait évidemment une réduction substantielle de l’ « énergie grise » incorporée dans la fabrication des installations de production d’énergie solaire, la fabrication de l’acier consommant beaucoup plus d’énergie que la valorisation de bois issu de forêts durablement gérées. À ce titre, l’expérience pilote menée avec succès par la coopérative citoyenne CéléWatt, qui a innové avec des supports de panneaux solaires photovoltaïques en bois de chêne local des Causses, est un modèle à suivre !

Les projets citoyens d’énergie renouvelable qui impliquent l’apport de matières (du combustible pour le bois-énergie et des biodéchets pour la méthanisation) cherchent à minimiser l’impact énergétique, ainsi bien sûr que les nuisances, liées aux transports afférents. Ainsi, dans les deux cas, les porteurs de projets se fournissent à quelques dizaines de kilomètres alentour, à l’instar de BETA Énergie et de ForestEner. Les agriculteurs impliqués dans les projets de méthanisation évitent les trajets retour à vide en mutualisant le transport, notamment en remportant du digestat produit par les installations.

La mobilité est un autre secteur énergétique dans lequel les projets citoyens d’énergie renouvelable peuvent avoir de l’impact, à la fois pour substituer une énergie locale et renouvelable aux énergies fossiles, et pour mutualiser les moyens de transport eux-mêmes.

On peut citer le véhicule électrique mutualisé que l’association Atout Vent met à disposition des actionnaires des 3 parcs éoliens citoyens qu’elle a impulsés en Maine-et-Loire, ou encore le travail que mène ACOPREV en vue d’une mobilité rurale mutualisée et alimentée à l’hydrogène produit avec de l’électricité renouvelable.

Mais l’exemple le plus avancé à ce jour est celui de Méthamoly, dont le méthaniseur alimente non seulement la consommation locale de gaz via le réseau, mais aussi une station de bio-GNV (Gaz Naturel pour Véhicules) qui alimente déjà une cinquantaine de véhicules, dont des cars de desserte locale.

Le bilan carbone du bioGNV est quasiment neutre : le CO2 libéré à l’échappement est équivalent au CO2 absorbé au cours de leur croissance par les végétaux méthanisés lors de la fabrication du biocarburant. Le bioGNV émet 80 % de CO2 en moins par rapport à un véhicule diesel de même génération et ne libère pas de particules fines.

Retrouvez ces 3 expériences de mobilité renouvelable en détail dans un article dédié

Une autre spécificité des installations de méthanisation intervient aussi dans la réduction des consommations à l’échelle du système énergétique. En effet, à l’issue du processus de méthanisation, on obtient certes du biogaz, qui peut être injecté dans le réseau ou dans des véhicules, mais aussi un co-produit, le digestat, qui peut être épandu sur les champs et se substituer aux engrais de synthèse.

Or, la production des engrais de synthèse est très énergivore, du fait de son processus industriel de fabrication, mais surtout parce que celle-ci utilise en matières premières du gaz naturel et des co-produits pétroliers. Produire du digestat, c’est donc une autre manière de s’affranchir des énergies fossiles ainsi que de la forte hausse de leurs prix en période de crise énergétique.

Perspectives : vers des investissements citoyens dans des opérations d’économie d’énergie ?

Jusqu’à présent, les initiatives qui s’inscrivent dans le mouvement de l’énergie citoyenne se fixent comme objectif premier la production d’énergie renouvelable. Mais, cet article le montre, nombre d’acteurs réfléchissent aux multiples modalités envisageables pour contribuer directement à la réduction des consommations d’énergie.

En la matière, le Graal, si l’on ose dire, serait d’investir directement dans des opérations qui ne produisent pas d’énergie, mais en économisent. Cela peut être de l’optimisation de processus industriels énergivores, les investissements étant rentabilisés en percevant une rémunération sur les économies d’énergie réalisées. Ou éventuellement de la rénovation pour améliorer l’isolation de bâtiments « passoires énergétiques », bien que le modèle économique soit dans ce cas nettement moins évident à trouver.

C’est la voie qu’explorent notamment deux structures « soeurs », la coopérative DWatts (investissement et exploitation) et Impuls’ER (études et audit). En vue, l’utilisation d’un dispositif nommé le « contrat de performance énergétique » (CPE) : celui-ci encadre l’intervention d’un un tiers-investisseur qui finance des travaux d’économie d’énergie – par exemple la récupération de chaleur sur un process industriel -, et qui se rémunère en prélevant une partie des économies d’énergie réalisées au fil du temps grâce à ces travaux.

Pour aller plus loin

Économies d’énergie : Quelle place pour la sobriété énergétique dans les projets d’énergie citoyenne

Formation – Module maîtrise de la consommation d’énergie : Énergie citoyenne – produire renouvelable

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